Comment Thomas Roy a transformé l’apprentissage en espace de création inclusive

À Barvaux, Thomas Roy a créé le premier FabLab scolaire au cœur de son établissement secondaire spécialisé. Une initiative née d’un déclic tardif pour le numérique au cours de l’une de nos formations qui a abouti en un projet extraordinaire, récemment récompensé par une nomination au Trophée de l’enseignant innovant.

À l’École secondaire spécialisée de Clairval, à Barvaux, Thomas Roy a d’abord exercé comme éducateur spécialisé pendant trois ans. Il y accompagne des jeunes de 12 à 21 ans présentant différents types de difficultés scolaires et handicaps, notamment des troubles du spectre autistique ou une trisomie 21.

Sur le terrain, il développe une connaissance fine de leurs besoins, mais aussi de leurs potentiels.

« Je voulais trouver un moyen de leur proposer des apprentissages qui soient à la fois concrets, motivants et adaptés à leur réalité, tout en les préparant à évoluer dans une société largement numérisée », se rappelle-t-il.

Le pari d’un FabLab au service de la pédagogie

De cette réflexion naît une idée ambitieuse, celle de créer un FabLab au sein de l’école, en s’appuyant sur une approche STEAM.

Pourtant, rien ne prédestinait Thomas à se lancer dans le numérique. C’est en 2022, lors d’une formation en robotique, codage et outils numériques proposée par l’eduLAB dans le cadre de l’IFPC, que tout bascule.

Ce moment agit comme un déclic : « J’y ai découvert des outils, mais surtout des possibilités pédagogiques nouvelles. Je me suis vite projeté dans un lieu qui permettrait à nos jeunes d’utiliser le numérique pour développer la créativité, la résolution de problèmes, la pensée informatique et la collaboration. Cette formation m’a fait prendre conscience que la technologie doit être accessible à tous, y compris aux élèves issus de milieux défavorisés ou porteurs de handicap.  »

Un déclic qui change la trajectoire

Dans la foulée, il se reconvertit comme enseignant en numérique et technologie au sein de son établissement, avec l’envie d’explorer, tester et construire autrement ses pratiques et reçoit le soutien nécessaire de sa direction pour entamer ce grand chantier.

En septembre 2023, un local lui est attribué et le projet prend forme.

« Je voulais que chaque phase soit une opportunité d’apprentissage. Quand il a fallu vider ce local, nous avons travaillé sur le tri des déchets et le recyclage. Puis, pendant plusieurs mois, les élèves ont participé activement à l’aménagement du lieu : maçonnerie, choix des couleurs, peinture des lieux… L’idée était de mettre en lien les différents enseignants et cours dispensés dans l’école », explique Thomas Roy.

Progressivement, le FabLab devient un véritable espace interdisciplinaire. Imprimante 3D, Lego Spike, découpeuse laser, presse à chaud ou encore Cricut viennent rendre les possibilités de création infinies. Des enseignants de différentes options s’y impliquent, et les projets se multiplient : « La création de plaques gravées pour le cours d’horticulture et l’aménagement du potager, la modélisation et l’impression 3D de trophées et médailles pour une compétition sportive interne, la conception et personnalisation de visuels pour des t-shirts de classes vertes… De nombreux projets y ont abouti, avec nos étudiants à la barre tout au long de la production. »

Apprendre en faisant… et en recommençant

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Des groupes de 8 à 9 jeunes viennent, de leur plein gré, pendant des blocs de deux heures pour travailler sur des projets spécifiques et personnels. Ce cadre plus souple change la posture des élèves. Ils ne sont plus uniquement dans une logique scolaire classique, mais dans une démarche de projet, choisie et investie.

Ils programment, modélisent, fabriquent… autant d’activités où l’erreur fait partie du processus : « C’est un apprentissage permanent, mais en s’amusant. Les élèves testent, se trompent, ajustent et surtout persévèrent. Au FabLab, on apprend à vivre avec l’échec et à rebondir vers la réussite. La banane sur leur visage et leurs yeux qui s’illuminent de fierté quand ils ont réussi à produire ce qu’ils visaient, il n’y a rien de plus beau. »

Pour soutenir cette dynamique, Thomas continue de se former avec l’eduLAB, en développant progressivement les compétences nécessaires à son projet. Il s’appuie également sur un écosystème plus large et bénéficie d’un financement interne pour équiper le FabLab. Mais au-delà des outils, c’est aussi un accompagnement humain qu’il met en avant : « Je ne me suis jamais senti seul. Au sein de la communauté que constitue l’eduLAB, je peux m’appuyer sur des personnes ressources pour m’aider face à mes questions et inquiétudes. »

Un projet reconnu, mais surtout porteur de sens

Aujourd’hui, le projet de Thomas Roy dépasse le cadre de son établissement. Il a été sélectionné parmi les trois finalistes du Trophée de l’enseignant innovant, une reconnaissance qui vient souligner la pertinence de sa démarche et l’impact quotidien sur ces élèves qui bénéficient désormais d’un espace où ils peuvent créer, comprendre, collaborer et prendre confiance en leurs capacités.

« Il n’est pas nécessaire d’être expert du numérique pour initier une transformation pédagogique. Il faut oser se lancer et être prêt à s’investir », conclut-il.

Peut-être, qu’à travers cette expérience, d’autres enseignants nourriront l’envie d’essayer à leur tour.

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